Biologie de la peau

Les produits dépigmentants

jeudi 14 avril 2016 par Eve Oualid-Bokobza

Composés chimiques, naturels, ou synthétiques, les produits dépigmentant   peuvent agir selon plusieurs types de mécanismes :

- Soit en bloquant la voie de synthèse de la mélanine   à un niveau donné (inhibition par compétition enzymatique, blocage des sites actifs, suppression de la synthèse ou de la maturation de la tyrosinase)(#Chang, 2009)

- Soit en bloquant le transfert des mélanosomes   (#Wu et Hammer,2014)

- Soit enfin, en détruisant les mélanocytes   et donc en diminuant le nombre de mélanocytes (mécanisme de mélanocytotoxicité, plus difficile à contrôler).

Il est généralement admis que les dépigmentants connus agissent par une combinaison de plusieurs de ces modes d’action.

Les dépigmentants sont employés à titre thérapeutique et esthétique. A ce titre, ils entrent aussi bien dans la composition de préparations pharmaceutiques que cosmétiques. Ces deux aspects sont d’ailleurs intimement liés dans la majeure partie des cas.

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Les cosmétiques dépigmentants   sont largement utilisés dans le monde en vue d’obtenir une teinte de peau plus claire : en Afrique dont les pays du Maghreb, les pays du Moyen-Orient,aux Antilles, sur le continent américain (Etats-Unis d’Amérique, Amérique du sud, Amérique centrale), en Asie (Inde, Philippines), et en Europe parmi les populations originaires de ces pays. Un éclaircissement de la teinte naturelle est souvent perçu comme un signe de réussite sociale, de respect et de meilleure condition de vie. A l’opposé chez les occidentaux, avoir le teint hâlé est devenu un critère esthétique majeur.Mais l’exposition solaire n’est pas sans conséquence avec en première ligne les taches pigmentaires inesthétiques.

Les produits dépigmentants sont les seuls cosmétiques ne favorisant pas une réaction naturelle de protection, mais inhibant une hyperpigmentation.

Les différentes stratégies pour limiter les taches sont :

1. Renforcer la prévention : les rayons UVA   et UVB contribuent pour beaucoup à la synthèse de mélanine  . Tous les fabricants intègrent donc à leurs produits dépigmentants des écrans solaires destinés à limiter l’apparition et la prolifération des taches.

2. Favoriser la desquamation : le processus de desquamation permet d’éliminer la mélanine présente dans les couches supérieures de l’épiderme  , donc d’éclaircir les taches en faisant disparaître une grande partie de leurs pigments. C’est l’un des principaux modes d’action des acides.

3. Limiter le stress oxydatif : l’oxydation joue un rôle important dans tous les phénomènes de vieillissement   et de pigmentation  . Il convient donc de la réduire au maximum à l’aide de substances antiradicalaires. #Denat et al, 2014

4. Inhiber la mélanogénèse : la tyrosinase étant l’enzyme qui induit la synthèse de mélanine à partir de la tyrosine ; en l’inhibant, on limite la production de mélanine.

 1. Historique

Les premiers actifs dépigmentants utilisés ont été les sels de mercure, chlorure mercurique, chlorure d’amine mercure. Le mercure entrant en compétition avec le cuivre, inhibe l’activité de la tyrosinase, supprimant les deux premières phases de la synthèse de la mélanine. La pigmentation existante s’élimine peu à peu par le biais de la desquamation et la coloration de la peau pâlit progressivement. A moins d’applications très fréquentes pendant des temps longs, il était rare d’aboutir à l’apparition de l’hydrargyrisme. Le mercure étant cependant une substance très toxique, son emploi est interdit en cosmétique et strictement contrôlé en pharmacie [6].

La deuxième génération de dépigmentants a été celle des éthers de l’hydroquinone  , dont les propriétés ont été découvertes par hasard. Le benzyl éther d’hydroquinone était utilisé comme vulcanisateur du caoutchouc et les ouvriers noirs qui le manipulaient présentaient systématiquement une dépigmentation des avant-bras en contact avec le produit. D’où les essais réalisés non seulement avec le benzyl éther mais aussi avec d’autres éthers, en particulier le monométhyl éther. Ces éthers, très largement appliqués, étaient capables de provoquer une dépigmentation temporaire pour des concentrations voisines de 10% et une durée d’application   de quelques semaines. Ils conduisaient à des dépigmentations définitives avec destruction des mélanocytes   pour des concentrations de 20 à 25% et des applications biquotidiennes pendant environ deux ans. Les études toxicologiques réalisées sur ces substances, surtout sur le benzyl éther, ont montré une forte tendance à l’inhibition de la spermatogenèse et un risque de cancer   cutané manifeste. Cela a entraîné leur interdiction à l’utilisation cosmétique.

La troisième génération de dépigmentants est représentée par l’hydroquinone.

L’hydroquinone, comme ses éthers, est un réducteur inhibant les réactions d’oxydation qui conduisent à la formation de la mélanine. Bien que moins active que ses éthers, elle a été longtemps un dernier recours plus ou moins efficace en formulation cosmétique parce que limitée à une concentration de 2%. Depuis janvier 2002, son utilisation est interdite en cosmétique, mais il est toujours possible de formuler l’hydroquinone en préparation magistrale.

Compte tenu de ces interdictions, il y a lieu de différencier les actifs employés dans le cadre pharmaceutique de ceux réservés à la cosmétique.

 2. Les actifs d’origine synthétique

 2.1 L’hydroquinone et ses dérivés

C’est en 1936 qu’Oettel.H observe un éclaircissement des poils chez des chats noirs dont l’eau de boisson était additionnée d’hydroquinone : l’action dépigmentante de l’hydroquinone était découverte ! Cette molécule est utilisée en thérapeutique, depuis 1961, dans les hypermélanoses acquises (mélasma, lentigos séniles). Son efficacité est proportionnelle à sa concentration (on l’emploie à des concentrations comprises entre 2 et 5%, voire 10%).

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Formule chimique de l’hydroquinone

En ce qui concerne son mécanisme d’action, l’hydroquinone est capable de diminuer le contenu épidermique en mélanine par inhibition compétitive de la tyrosinase. Par ailleurs, elle induit des altérations mitochondriales et des dégradations des mélanosomes   dans les mélanocytes.

Depuis le 1er janvier 2001, les produits contenant de l’hydroquinone ne peuvent être délivrés que sous contrôle médical. Une directive européenne interdit en effet l’utilisation de l’hydroquinone dans les cosmétiques dépigmentants. Seul son usage dans les teintures capillaires reste autorisé, à une concentration maximale de 0,3 p. 100. La décision européenne a été motivée par le potentiel carcinogénétique de l’hydroquinone, qui est un dérivé du benzène.

Dans la pratique, et dans des conditions d’emploi normales, le risque lié aux applications locales serait pourtant faible ou nul. La directive ne précise pas si l’interdiction de l’hydroquinone s’applique aussi à ses éthers (monobenzyléther, monométhyléther, monoéthyléther).

Cependant, l’hydroquinone est encore prescrite dans des préparations magistrales. Elle est souvent associée à la trétinoïne et à des corticoïdes (trio dépigmentant). C’est le principe de la formule bien connue de Kligman, dont plusieurs études contrôlées ont prouvé l’intérêt : [8]

— hydroquinone 5 p. 100 ;
— acide rétinoïque 0,10 p. 100 ;
— acétate de dexaméthasone 0,10 p. 100 ;
— onguent hydrophile.

Certains y adjoignent 0,20 p. 100 d’acide ascorbique  , comme anti-oxydant, ou remplacent l’onguent hydrophile par un mélange d’éthanol et de propylène glycol à parts égales. Cette préparation est assez instable : le pharmacien doit la conditionner en limitant autant que possible le contact avec l’air. Elle sera conservée au frais et à l’abri de la lumière. L’apparition d’une couleur brune est un signe d’oxydation. La préparation est à renouveler après un mois.

On l’applique deux fois par jour, pendant au moins douze semaines. Un traitement d’entretien est ensuite nécessaire. Elle serait davantage active sur le mélasma, les éphélides et les lentigos actiniques que sur les hyperpigmentations post-inflammatoires et les taches café-au-lait.

Il est nécessaire de respecter des conditions d’utilisation particulières pour l’hydroquinone : utiliser un dosage faible en première intention, appliquer de petites quantités de produit sur de petites surfaces, éviter les applications trop fréquentes, limiter la durée d’utilisation. Éviter également l’exposition au soleil pendant le traitement et utiliser un produit anti- solaire pendant et après le traitement. L’usage est contre-indiqué chez l’enfant de moins de 12 ans.

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Formule chimique de l’hydroquinone et de ses dérivés

Le seul dérivé d’hydroquinone commercialisé en France est le méquinol (DCI) ou monométhyl éther d’hydroquinone (MMEH). Après application locale, il est oxydé en radicaux libres toxiques qui endommagent, de manière sélective, la membrane des lipoprotéines des mélanocytes. D’autre part, la synthèse de mélanine est inhibée par la liaison du principe actif à l’enzyme tyrosinase. On a décrit comme effets secondaires des phénomènes irritatifs, des sensibilisations allergiques, ainsi que quelques hyperpigmentations paradoxales. L’aspect des zones traitées est quelquefois inesthétique, avec une dépigmentation en confettis. Exceptionnellement, une hypomélanose peut être observée à distance du site d’application.

Le méquinol   est indiqué pour les hyperpigmentations cicatricielles,post-traumatiques, post-inflammatoires, phototoxiques, médicamenteuses, ainsi que pour les éphélides. Il ne sera pas employé avant l’âge de 12 ans, ni par principe chez les femmes enceintes ou qui allaitent. On commence par l’utiliser deux fois par jour ; la fréquence d’application diminue ensuite parallèlement à l’amélioration clinique. Son effet est transitoire. Après obtention d’un résultat satisfaisant, la poursuite d’une application hebdomadaire est nécessaire pour éviter une repigmentation plus ou moins rapide. La durée totale de traitement ne devrait pas dépasser quatre mois et la surface de peau traitée ne pas dépasser plus de 10 p. 100 de la surface corporelle. Comme avec les autres dépigmentants, une photoprotection locale rigoureuse est indispensable.

Sont enregistrés comme médicaments (non remboursés) :

— Leucodinine B® pommade à 10 p. 100 (AMM 1962, validée 1996) ;
— Any® pommade à 8 p. 100 (AMM 1987, validée 1996) ;
— Crème des trois fleurs d’Orient® pommade à 5 et 10 p. 100 (AMM 1998) ;
— Clairodermyl® pommade à 5 et 10 p. 100.

Il bénéficie d’une AMM depuis 1962 (Leucocidine B®, Any 8% pommade®).

 2.2 Les dermocorticoïdes

L’utilisation topique de certains corticoïdes locaux peut entraîner une dépigmentation cutanée. De ce fait ils ne sont généralement pas utilisé en monothérapie mais en association avec d’autres molécules.

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Formule chimique de la bethametasone et de la triamcilone

Il s’agit notamment de la triamcinolone et de la bétaméthasone. Ces molécules agissent en diminuant le nombre de mélanocytes fonctionnels et donc leur activité. Cependant, en raison de leur puissante activité anti-inflammatoire, anti-proliférative, anti-mitotique et anti-synthétique, qui s’exerce sur l’ensemble des constituants de la peau, les effets secondaires locaux sont multiples et d’autant plus marqués que le dermocorticoïde est plus puissant et que son utilisation est prolongée. Ainsi, on pourra observer une atrophie cutanée, la survenue de couperose, de pseudocicatrices stellaires, d’ecchymoses, de vergeture, une augmentation du risque infectieux ou encore l’apparition d’un glaucome ou d’une cataracte après application sur les paupières.

Les corticostéroïdes sont interdits en cosmétique.

 2.3 L’acide rétinoïque

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Formule chimique de l’acide rétinoïque (Vitamine A acide, trétinoïne)

L’intérêt de l’acide rétinoïque dans le traitement du mélasma et des réactions cutanées liées à l’exposition solaire chez la personne âgée date des années 1990 (Ortonne, 2006 ; Kang et al, 2009). Après traitement, l’examen histologique révèle une diminution de l’hyperplasie mélanocytaire. Par ailleurs, des études in vitro ont démontré que l’acide rétinoïque était capable d’inhiber la mélanogenèse par diminution de l’expression de la tyrosinase et de la TPR2. Il pourrait également augmenter le renouvellement cellulaire et induire une dispersion des grains de mélanine au sein des kératinocytes  .

L’acide rétinoïque topique, à la concentration de 0,1% et en monothérapie, améliore significativement les lentigos séniles, le mélasma (il faut se rappeler que l’acide rétinoïque est fortement déconseillé pendant le premier trimestre de la grossesse étant donné son pouvoir tératogène majeur) et les hyperpigmentations post-inflammatoires.

Des réactions cutanées plus ou moins sévères ont été rapportées essentiellement en début de traitement, suite à son usage : érythèmes avec ou sans desquamation, sensation de brûlure, de picotement, de sécheresse cutanée.

L’acide rétinoïque est interdit en cosmétique.

 2.4 L’acide azélaïque

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Formule de l’acide 1,7-heptanedicarboxylique, acide nonanedioïque

L’acide azélaique est obtenu par dégradation oxydative de l’acide ricinoléique. C’est un acide gras saturé mis en évidence dans les lipides de la surface de la peau, au niveau de lésions hypochromes de pytiriasis versicolor.

L’application topique d’acide azélaïque (Skinoren®) est sans effet sur la peau normalement pigmentée. En revanche, il est susceptible d’agir sur les mélanocytes hyperactifs ou anormaux.

L’acide azélaïque agirait par une action inhibitrice sur une enzyme membranaire, la thiorédoxine réductase dont le substrat est un inhibiteur de la tyrosinase et par une inhibition compétitive de la tyrosinase. Il est également antibactérien et diminue la prolifération des kératinocytes, d’où son usage dans le traitement de l’acné, qui est la seule indication réglementaire (Sieber et Hegel, 2014).

L’acide azélaïque à 20%, à raison de 2 applications par jour, sur de longues périodes, manifeste une efficacité équivalente à celle de l’hydroquinone dosée à 2 ou 4%.

Sont justifiables de ce traitement, les mélasmas, les hyperpigmentations post-inflammatoires ou secondaires à des agents physiques ou chimiques. La tolérance est bonne et les effets indésirables les plus fréquents sont des érythèmes transitoires et une irritation cutanée caractérisée par l’apparition de squames, d’un prurit et d’une légère sensation de brûlure.

L’emploi de l’acide azélaïque en cosmétique est autorisé. Cependant, son association avec l’hydroquinone et les stéroïdes topiques est interdite dans ce domaine.

 2.5 Le trioxopimélate d’éthyle  

Le Diéthyl acétone dioxalate, heptane dioïque acide trioxodiester (TPE®) est obtenu au cours d’une étape de la synthése de l’acide chélidonique. Il est constitué de deux molécules tautomères : une molécule de structure cétone vraie (forme oxydée) et une molécule de structure cétoénolique (forme réduite).

Les deux molécules tautomères réduisent la production de mélanine en inhibant l’activité de la tyrosinase par un double mécanisme. D’une part, les formes cétoénoliques sont très réactives : elles vont capter les électrons nécessaires aux réactions de réduction catalysées par la tyrosinase, pour se transformer en forme cétone vraie (tricétone ayant un fort pouvoir réducteur). Les oxydations de la tyrosine en DOPA et de la DOPA en DOPA quinone sont ainsi inhibées. D’autre part, le TPE® sous sa forme énolique, est un grand chélateur d’ions métalliques qui va séquestrer les ions cuivriques, ce qui va inactiver la tyrosinase.

Après 2 mois de traitement, une diminution de la pigmentation est observée due à une réduction de la quantité de mélanine dans les cellules. Afin d’obtenir une plus grande activité, le TPE® est utilisé sous forme de liposomes   à différentes concentrations dans les produits cosmétiques.

Il n’est pas encore employé dans les préparations pharmaceutiques.

Il ne provoque pas d’irritation cutanée. Des tests de mutagénicité et d’hypoallergénicité ont été menés et aucun effet négatif n’a été constaté.

Il existe un brevet en Europe, Asie, Etats-Unis et au Canada.

 2.6 L’acide ascorbique ou vitamine C  

Connue depuis longtemps pour ses effets blanchissants de la peau, la vitamine C est utilisée en cosmétologie pour éclaircir le teint et atténuer certaines hyperpigmentations (Stamford, 2012).

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Formule chimique de la vitamine C

Cette action est due aux propriétés réductrices de la vitamine C, qui interrompt les oxydations en chaîne de la mélanogénèse, en inhibant l’auto-oxydation de la DOPA en dopamine et en transformant la forme oxydée de la mélanine pigmentée en sa forme réduite peu pigmentée. Par ailleurs, l’acide ascorbique, en tant qu’acide, favorise la desquamation.

L’acide ascorbique est une molécule réactive très instable. Elle s’oxyde rapidement et se dénature en solution aqueuse. Afin d’éviter ce phénomène d’oxydation, la vitamine C est souvent micro-encapsulée ou transformée en dérivés stables ayant conservé ses propriétés dépigmentantes.Le plus utilisé, le magnésium ascorbyle phosphate de meilleure efficacité, entraîne une dépigmentation de la peau saine et des hypermélanoses tels que le mélasma, le chloasma, les lentigos séniles et les éphélides. Il sera hydrolysé au niveau de la peau par les phosphatases cutanées libérant ainsi la vitamine C.

La vitamine C et ses dérivés sont autorisés en cosmétique.

 2.7 L’acide éthylène diaminetétracétique (EDTA)

L’EDTA est utilisé comme agent chélateur des cations divalents, notamment les ions Cu2+, ce qui freine la mélanogenèse, le cuivre étant un cofacteur indispensable à l’activité enzymatique de la tyrosinase.

 2.8 4-Isopropylcatéchol   (4-IPC)

Le 4-IPC est un dépigmentant très efficace. Il a une action sélective sur les mélanocytes qui sont soit détruits, soit inactivés. Il présente des effets secondaires : érythème, brulures, desquamation, eczéma, dépigmentation dite en « confetti » aux points d’application.

Le 4-IPC est surtout recommandé dans le traitement du mélasma. Il s’utilise à des concentrations comprises entre 1% et 3% et ce une fois par jour. L’effet thérapeutique se manifeste à partir de la troisième semaine de traitement. Cet actif est efficace sur la totalité des mélasmas et 40% des hyperpigmentations post-inflammatoires. Il est nécessaire de pratiquer un traitement d’entretien pour éviter des récidives.

 2.9 4-n-butylrésorcinol  

Le 4-n-butylrésorcinol (Rucinol®) est un inhibiteur des voies de synthèse de la mélanine. Il inhibe d’une part la tyrosinase, réduisant ainsi la quantité de mélanine produite et d’autre part la TRP-1 impliquée dans les étapes de la synthèse des eumélanines.

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Formule chimique du 4-n-butylrésorcinol

Il a montré une efficacité dépigmentante dans le traitement des hyperpigmentations du mélasma, des lentigos séniles et actiniques, des séquelles pigmentaires, des phénomènes inflammatoires ou cicatriciels.

Actuellement, cette molécule n’est pas interdite en cosmétique.

 2.10 Diacétyl-boldine  

La diacétyl-boldine (Lumiskin®) est synthétisée à partir de la boldine. Elle ralentit la pigmentation en agissant à 2 niveaux :

- directement sur l’activité des mélanocytes par blocage de la tyrosinase sous forme inactive. Elle agit sur la concentration de l’ion calcium (Ca++). Le calcium joue un rôle dans la mélanogénèse lorsque celle-ci est stimulée par les rayons UV. Une perturbation du flux calcique entraine une dérégulation de la tyrosinase qui reste sous sa forme pré-tyrosinase inactive ;

- indirectement par perturbation des inter-relations kératinocytes/mélanocytes mises en jeu lors des stimulations UV.

La diacétyl-boldine est utilisée en cosmétique comme ralentisseur de pigmentation cutanée.

Elle est active en particulier sur les peaux foncées.

 3. Les actifs d’origine fermentaire

 3.1 L’acide Kojique

Obtenu par un procédé de fermentation à l’aide de la souche Aspergillus oryzae, l’acide kojique   est un actif largement utilisé dans les soins éclaircissants. C’est un inhibiteur de tyrosinase, qui agit en particulier en chélatant les ions cuivriques (#Saghaie et al, 2013. Cette molécule pose actuellement des problèmes d’ordre toxicologique (puisqu’elle s’avère mutagène) et donc d’ordre réglementaire ; le Japon a déjà interdit son emploi.

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Formule chimique de l’acide kojique (C6H6O4 ; 5-hydroxy-2-(hydroxymethyl)-4-pyrone)

Lorsqu’il est utilisé comme agent blanchissant de la peau, l’acide kojique est le plus souvent formulé à une concentration de 1% dans les crèmes non-rincées. On trouve cependant sur le marché des produits contenant de l’acide kojique à des concentrations supérieures à 1% [24].

L’innocuité de l’acide kojique a été récemment réévaluée par le Comité scientifique européen sur les produits de consommation (SCCP), à la demande de la Commission Européenne. Après réévaluation poussée du profil toxicologique, incluant la mutagénicité et la génotoxicité, la cancérogénicité et la toxicité pour la reproduction, la substance a finalement été identifiée comme un sensibilisateur, mais pas un photosensibilisateur. Par ailleurs, la pénétration transcutanée du produit est assez élevée et une exposition répétée chez le rat a abouti à des niveaux d’acide kojique dans le sang supérieurs à ceux résultant d’une seule administration.

Selon le SCCP, « chez l’humain, l’utilisation répétée de produits blanchissants peut aboutir à une exposition systémique supérieure à celle résultant d’une administration en une dose unique ». Sur la base des informations à sa disposition, le comité scientifique a calculé des marges de sécurité   qui, selon lui, laissent penser que l’utilisation de l’acide kojique à une concentration maximale de 1% dans les soins de la peau pose un risque pour la santé des consommateurs.

 4 Les actifs d’origine végétale

Les extraits végétaux sont une source constante de recherche et de « nouveautés ». Les plus anciennement employés ont été les extraits de busserole. Ils contiennent des arbutosides qui se décomposent en glucose + hydroquinone ou éthers d’hydroquinone (#Zhu et Gao, 2008).

 4.1 L’arbutine

L’arbutine   également appelé arbutoside est un hétéroside phénolique. Par hydrolyse sous l’action de l’enzyme émulsine ou des acides dilués à chaud, il donne de l’hydroquinone.

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Formule chimique de l’arbutine

L’arbutine bloque la synthèse de la mélanine par inhibition de l’activité de la tyrosinase (Lim et al, 2009). L’arbutine est contenue dans les feuilles et les écorces de nombreuses plantes. Elle est extraite de celles-ci à l’état pur. Elle peut également être synthétisée.

L’arbutine possède les mêmes propriétés dépigmentantes que l’hydroquinone. Elle est cependant mieux tolérée que l’hydroquinone. L’industrie cosmétique peut donc l’utiliser sous différentes formes galéniques : soit pure soit sous forme d’extraits végétaux.

L’arbutine est présente dans de nombreuses espèces de la famille des Ericacées :

Busserole (Arctostaphylos uva-ursi L.)

La busserole est un sous-arbrisseau à tige rampante des régions montagneuses. Elle pousse en Europe, en Asie et en Amérique.
La partie utilisée est la feuille.

Arbousier (Arbutus unedo L.)

L’arbousier est un arbre pouvant atteindre 4m. Les feuilles renferment de l’arbutine.

Airelle rouge (Vaccinium vitis-idaea L.)

L’airelle rouge est un sous-abrisseau à tige dressée qui pousse en montagne.

La partie utilisée est la feuille.

Callune vulgaire (Calluna vulgaris L.), fausse bruyère

La callune est un sous-arbrisseau. La partie utilisée, les sommités fleuries contiennent peu d’arbutine.

L’arbutine est également présente dans d’autres familles végétales comme les Saxifragacées et les Rosacées.

 4.2 L’extrait de réglisse

La réglisse (Glycyrrhiza glabra L.) est une plante vivace, à tiges dressées de la famille des Fabacées. Elle pousse en Europe, en Asie, en Amérique.

Elle est utilisée dans le traitement des troubles de l’hyperpigmentation.

Les molécules hispaglabrine, glabrine, isoliquiritine et leurs dérivés contenus dans la planteont une structure similaire à celle d’autres molécules de type phénolique ayant des propriétés dépigmentantes.

 4.3 L’extrait de racine de mûrier du Japon

Le mûrier blanc, Morus alba L., est une espèce végétale commune au japon etcultivée depuis des millénaires en Chine. Décrit dans les pharmacopées traditionnelles japonaise et chinoise, on lui attribue actuellement une activité éclaircissante.

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Mûrier blanc

Ce sont des phénylflavones et les kuwanones A, B et C, contenues dans l’extrait de mûrier, qui seraient responsables de l’effet dépigmentant (par inhibition de l’activité de la tyrosinase).

 4.4 Les alphahydroxyacides   (AHA)

Les acides hydroxylés en alpha ou AHA sont des acides organiques très répandus chez les végétaux (acide glycolique de la canne à sucre, acide malique de la pomme, du coing ou du sorbier, acide citrique des agrumes, acide tartrique du raisin, acide mandélique de l’amande amère…) ; ils sont également présents dans des produits d’origine animale (acide lactique du lait, par exemple). Ces actifs ont de multiples intérêts en cosmétologie : hydratants à faible concentration (<5%), kératolytiques et donc dépigmentants au-delà (#Kornhauser et al, 2010).

A très forte concentration (>20%), les AHA peuvent entraîner une épidermolyse et doivent être utilisés sous contrôle médical strict (cas des peelings à l’acide glycolique par exemple). Par ailleurs, aux doses auxquelles ils sont utilisés en cosmétologie, ils sont susceptibles d’augmenter la sensibilité de la peau aux effets nocifs des UVB, d’où les restrictions d’utilisation qui en sont faites en Allemagne (recommandation de limiter l’utilisation de l’acide glycolique à 4% pour un pH minimal de 3,8 et l’acide lactique à 2,5% pour un pH minimal de 5) [29,9].

 4.6 Les plantes à flavonoïdes

Certaines plantes ont des propriétés dépigmentantes grâce aux flavonoïdes qu’elles contiennent (Orhan et Khan, 2014).

En voici quelques exemples :

l’artichaut (Cynara scolymus L.), l’achillée millefeuille (Achillea millefolium L.), la matricaire (Matricaria recutita L.) de la famille des Astéracées.

Ces plantes contiennent de la lutéoline (ou lutéolol).

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Formule chimique du lutéolol

Elle inhibe la tyrosinase et bloquent le transfert des pigments mélaniques des mélanocytes vers les kératinocytes.

La scutellaire (Scutelleria baicalensis, L.)

Fig.29 : La scutellaire

Originaire d’Asie, elle est cultivée principalement en Chine, en Sibérie et en Corée.

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La scutellaire

En médecine chinoise, ses racines séchées sont utilisées sous le nom de « oughon » pour leurs propriétés anti-inflammatoires. En cosmétologie, on l’exploite comme éclaircissant de la peau. Les principaux composants de l’extrait de racine de scutellaire sont des flavonoïdes (baicaline et baicaléine), inhibiteurs de la tyrosinase.

Le mandarinier « Satsuma » (citrus unshiu)

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Mandarinier

L’extrait d’écorce est riche en citroflavonoïdes et vitamine C.

 5 La formulation des dépigmentants

Les formes le plus souvent présentées sont des crèmes ou des gels.

Les actifs proprement dits sont accompagnés d’adjuvants qui ont pour but d’en faciliter la pénétration cutanée afin d’atteindre toutes les couches pigmentées de l’épiderme et d’agir au niveau des mélanosomes. Ces adjuvants peuvent être aussi des actifs. C’est le cas des alpha-hydroxy-acides qui favorisent la desquamation et, en conséquence, diminuent l’incidence de la barrière cutanée tout en facilitant l’élimination des cellules pigmentées de surface. C’est également le cas de l’acide rétinoïque qui entre dans la composition du fameux trio de Kligman pour améliorer les performances de l’hydroquinone et de la dexaméthasone.

On trouvera aussi très souvent du propylène glycol pour augmenter la pénétration et des formes liposomées de l’actif, dans le même but.

La présence de filtres solaires UVA, UVB, paraît indispensable pour éviter l’influence néfaste des radiations actiniques et celle des rayons UV, qui augmentent l’activité des mélanocytes.

Enfin, les antioxydants, associés à l’EDTA, seront précieux pour la conservation des réducteurs très sensibles à l’oxydation tels que l’hydroquinone et la vitamine C. Certaines molécules dépigmentantes doivent être préservées de la chaleur, de l’oxydation, et être utilisées à des pH bien déterminés. Certaines sont sensibles à la lumière.

Dans les préparations magistrales, la préservation de l’hydroquinone, du méquinol ou de la vitamine C peut poser problème. Il existe des excipients prêts à l’emploi qui facilitent la tâche du formulateur, dont un particulièrement indiqué pour la stabilisation de l’hydroquinone (Epsilane®). Mais il est possible de choisir également Biobase® ou tout autre excipient émulsionné de type H/E.

Exemples de préparations magistrales pharmaceutiques

Préparation de Kligman et Wallis

Ethanol 47,40%
Propylène glycol 47,40%
Hydroquinone 5,00%
Acide rétinoïque 0,10%
Dexaméthasone 0,10%

L’efficacité sur les hyperpigmentations telles que le mélasma, les éphélides apparaît au bout de 6 semaines.

Préparations à 20% de monobenzyléther d’hydroquinone
Préparations à 5%, 8% et 10% de méquinol (monométhyléther d’hydroquinone)
Préparation renfermant : hydroquinone 2%, AHA 12%, dérivé d’ascorbate 1%
Préparation contenant : extrait de Busserole 4%, extrait de flavonique d’Achillée
millefeuille 10%, hydroquinone 2%, vitamine C 0,25%.

 Bibliographie

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